Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 09:01

Je suis de retour sur la terre de ses ancêtres, même s'ils n'ont jamais vécu en Normandie. Je suis en train de trier les 1558 photos ramenées de mon dernier voyage en Chine très différent des deux autres. Il m'a permis entre autres choses de mieux cerner la manière qu'ont les paysans de cultiver leurs petits lopins de terre, jamais plus de 1300 m² chacun, deux fois plus s ils sont mariés et trois fois plus s’ils ont un enfant. J’ai aussi visité de beaux musés racontant la vie du pays sous des aspects toujours nouveaux. J’ai pu constater que la volonté du Gouvernement est suffisante pour mettre en route des projets gigantesques, comme construire un canal qui doit partir d'un point un peu plus nord que Shanghai pour acheminer l'eau douce du Yang tse vers Pékin qui manque d'eau, il y a tout de même un peu plus de 1100 kilomètres. J'ai pu me faire expliquer le réseau de canaux qui irriguent les terres du delta du Yang tse ou qui draine l'eau vers la mer quand il a trop plu. Le Gouvernement a décidé aussi de construire un TGV destiné à relier ces deux villes en 5 heures au lieu de neuf. Eh bien toutes les piles de ce pont sur pilotis montent ensemble sur cette même distance et en 2012, le train sera mis sur les rails. D'ailleurs, ils nous ont acheté un TGV et ils le copient consciencieusement. J’ai voyage dans un train inter cité en seconde classe ce qu'un occidental ne peut faire en général. Moi qui croyais me trouver parmi une foule grouillante, sale et crachant, j’ai pénétré dans un wagon ressemblant en tout point à une cabine d’avion de ligne !

J’ai aussi copieusement visité la campagne et me suis trouvé en relation avec des gens souriants, avenants, m’invitant à déjeuner, récoltant leur maïs en entrant dans les champs et en cassant un à un les épis qu'ils emportent dans des sacs et les faire sécher sur leurs murs ou dans leurs cours.
J ai visité des jardins que des mandarins repus de la vie de fonctionnaires ont fait construire pour y passer une retraite parmi des pierres levée, des bosquets savamment organisés, des "lacs" de 25 m². J ai visité un musée consacré au Grand Canal Impérial, creusé de mains (beaucoup, beaucoup) d'hommes depuis avant Jésus Christ et qui au cours des siècles a pris des dimensions gigantesques jusqu'à être plus large que la Saône. Il est le chemin qu’empruntent de grosses péniches aux moteurs puissants ou de trains de dix ou quinze unités. Là-dedans circulent toutes les marchandises que le Nord appelle du Sud et réciproquement. Il y a des chantiers navals un peu partout.
J'ai côtoyé Marco Polo dans deux villes bâties sur ce Canal.
La ville de Jingdezhen m’a permis de voir comment est né la porcelaine grâce à cette argile que nous nommons d'après son nom chinois, le kaolin. Sous les Ming c’est à dire entre le 14è et le 17è siècle, l'apogée de cette fabrication s'est fixée sur ce qu il est convenu d’appeler la porcelaine blanche qui n'a de blanc que les espaces laissés par les circonvolutions des dragons et des plantes peintes en ce bleu si caractéristique que nous connaissons bien ici. La porcelaine est tellement fine que chaque pièce en est translucide.
Visité aussi une fabrique de couvertures de soie à Suzhou : faites à partir des cocons où se sont logées deux chrysalides jumelles. Elles s’enferment dans ces enveloppes qu'elles tissent en entremêlant leur fil de 1500 mètres chacun. >Pour cette raison, il est impossible de dévider le cocon. Aussi ces cocons, représentant 3% de la quantité de cocons recueillis, étaient jetés à la poubelle. Depuis le début du vingtième siècle, une méthode astucieuse a permis de les utiliser en fabriquant des couvertures chaudes à souhait. J'en ai ramené une.
J’ai assisté dans un théâtre de Shanghai à une représentation d’acrobates : tours d'assiettes, de diabolos, de verres posés en équilibre sur les pieds, la tête et les mains. Des équilibristes aux pirouettes hallucinantes.

Dans la ville de Xuzhou j’ai pu admirer des pierres que la dynastie des Han de l’Ouest (deux derniers siècles avant Jésus Christ) gravaient pour les tombeaux de leur morts.

Puis j’ai gyrovagué dans la plaine de l’Est à partir de là, m’arrêtant souvent dans des villages éloignés de la route et regardant, ébahi, comment les paysans chinois récoltent à la main, sèchent les épis ou les grains dans leurs cours ou sur les routes.
Enfin, j'ai mieux compris la nécessité d'un Gouvernement fort (sans pour cela dire que le Parti est la seule méthode). Ils sont en train de préparer la grande fête du soixantième anniversaire de la fondation du parti en Chine, donc de la RPC, République Populaire de Chine. A la télévision on ne voit que cela, le moindre détail est montré en boucle accompagnés de chants martiaux, exécutés tous à l'unisson par toutes les armes en uniformes, des présentations de spectacles à la TV, enfin tout un arsenal qui vu entre les lignes, donne absolument l'idée que le Gouvernement central veut redorer son blason. Des individus de toutes les ethnies se donnent la main avec un plaisir et des sourires trop parfaits pour être vrais. Cela ressemble à de la méthode Coué pour que la Chine présente au monde un seul peuple, et qu'elle gagne le concours commercial de l’avenir. Les uniformes ne sont que déguisement de masse. Ces spectacles magnifiques (mais oui) où se mêlent dans un ordre parfait toutes les casquettes, tous les grades, tous les visages de marbre, sont de la parade et non de la préparation à une guerre hypothétique. Cette force, le Gouvernement la recherche pour le commerce, pour mettre dans sa poche le dieu de la richesse, de la longévité, du bonheur qu'ils vont tous prier (rapidement) dans les temples.
Pourtant ce qui force le respect, c'est la fierté qu’ils montrent d'appartenir à un immense pays à un grand peuple. On dirait que la mémoire leur fait défaut et que les atrocités commises en si grand nombre dans les soixante dernières années jusqu’à celles de la place Tien an men ont disparu, parfaitement oubliées, (elles ont d’ailleurs été savamment cachées et jamais apprises aux jeunes). Ici, il n'est pas question de paresse ou de laisser aller : tout jeune qui se respecte, et ils se respectent tous, travaille sans que ses parents aient besoin de les pousser car ils savent que c’est l’unique moyen de gagner de l'argent, donc d'avoir ce que leurs parents n'ont jamais eu. Pour le moment, il semble vraiment que ce soit leur seule préoccupation.
Enfin, en plus de cette fierté qui surgit à chaque instant, en chaque lieu, je suis subjugué une fois de plus par l'art dont ils font preuve dans toutes leurs réalisations environnementales ... en dehors des gratte-ciels qui encombrent, (mais le terme est-il exact ?) vraiment les quartiers d'habitation. Les fleurs et les bosquets bordent les avenues, la verdure embellit souvent les balcons.
Et leur détermination ! Il faut les voir traverser à pied ou en bicyclette, ou en tricycle, une rue a quatre voies : jamais ils n'hésitent, ils passent, ils trottinent et passent. Très impressionnant

Jamais eu de pluie, chose étonnante dans le pays subtropical traversé. Pékin est à la latitude de Naples, et tout ce que j'ai visité se trouve au Sud !

Voilà, je vous ai à peu près tout dit, maintenant je me mets à mes photos pour en titrer la substantifique moelle et vous quitte en vous adressant toute mon amitié.

Marc

Publié dans : Le blog de Marc Soviche
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  • : Voyages en général dans la campagne chinoise. Le dernier en septembre 2009. La ville de Jingdezhen où a commencé la fabrication de la porcelaine, puis la soie à Suzhou, puis la campagne en remontant le long du Grand Canal Impérial jusqu'à Pékin tout en marchant à droite et à gauche.
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