Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /Nov /2009 15:41

 

L’après-midi est consacrée à la visite d’un musée, ce qui n’était pas prévu au programme. Il est plein d’intérêt. Quelques belles pièces en bois, en, jade, en céramique.


 












Un très beau vase de porcelaine d’un bleu profond et décoré d’un dragon blanc est donné comme un trésor national et la plus belle pièce de ce musée. Sous la dynastie des Yuan, quand le cobalt était non seulement rare mais disponible uniquement par importation. La technique n’était pas encore bien au point. Il fallut une grande imagination et beaucoup de courage pour fabriquer une telle pièce.

 

Un peu plus loin, une grande salle recèle les restes d’une embarcation extraite en 1960 de la boue d’un affluent du Yang Tse, à Shi qiao. Elle est faite d’un seul tronc creusé, longue de 13,65 m de long, de 75 cm de large, et 56 cm de profondeur. Selon les chroniques de la dynastie Tang, chaque année voyait se produire un festival et l'on y montrait les bateaux dragons sur le Yang Tze. Les bateaux dragons de Yangzhou n’étaient pas seulement vendus au loin mais aussi offerts comme tributs.

 

Un étage entier est consacré aux débuts de l’imprimerie. Des personnages de plâtre grandeur nature semblent peupler les ateliers. Assis ou debout devant des tables, ils manient leurs instruments, montrent les différentes opérations qui aboutissent à la fabrication d'un livre.

Gravent des blocs de bois, assemblages, encrage des parties sculptées en relief et application enfin sur elles de feuilles de papier.

Ceci suppose qu’ils aient eu des lames ou des poinçons assez solides et acérés pour le découpage les blocs dans du bois dur, et y effectuer la gravure des caractères ; cela suppose aussi que la fabrication du papier soit un art connu depuis longtemps. Il a fallu en effet marier les deux procédés. Les Chinois se sont attelés à cette tâche quand le bouddhisme s'est répandu dans le pays, il fallait que les sutras soient présents dans tous les temples. Tel fut le premier rôle de cette industrie. Puis les poèmes classiques prirent la relève.

 

Sur les dernières marches de l'escaler monumental, nous sommes accueillis par les trois sages dont les Chinois honorent la mémoire, Socrate, Confucius et Gautama-Sakyamouni.

 

Un panneau fait la synthèse des procédés d'écriture, on y voit notamment un texte écrit sur une carapace de tortue 








Les textes explicatifs sont nombreux. Je signale tout de suite que ce que l’on voit à chaque poste de travail, est déjà du travail à la chaîne et l'on remarque que les femmes sont aussi nombreuses que les hommes. 

Cette industrie, qui permit la connaissance et l’expérience, en même temps qu’un apprentissag généralisé de la lecture, fut la base sociale de la Chine. D'elle découlèrent les règles qui déterminèrent pour la première fois les caractères chinois. L’invention de la brosse à passer l’encre, du bâton à encre et du papier, la maturité des techniques d’impression par le sceau ou par frottement furent le matériel de base des conditions techniques de l’invention du cliché d’impression.

 

Les tessons de poterie, les carapaces de tortues, les os d’animaux par gravure, les vases de bronze, le bambou, la soie, ,par estampage furent les premiers supports de l’écriture. Le papier apparut sous la dynastie des Han de l’Ouest. Mais ses bandes et ses belles applications ne s’étendirent pas avant que Can Lun eut inventé le papier Cai Hou, une sorte de papier de qualité.


L’invention du papier joua un rôle très important dans l’expansion de la connaissance humaine et de la culture. Ce fut non seulement un vecteur idéal pour l’écriture, mais aussi un matériau inégalable pour l’impression.

 

Le développement du cliché d’impression a suivi deux voies différentes. D’un côté, la propagation du bouddhisme a accentué le besoin de copier en grande quantité des images de Bouddha et des écritures bouddhiques ; de l’autre un large public avait un besoin de calendriers. La combinaison des techniques de l’impression par sceaux et par frottement, donna naissance au cliché d’impression.

 

dOn utilisait des clichés gravés et des clichés en relief. Le premier procédé demande qu'un tissu soit placé entre deux clichés « incisés » avec le même dessin, l’encre est introduite dans les espaces incisés.

Pour l’impression en relief, le cliché n’est pas gravé en creux, mais le dessin à imprimer est surélevé et encré. L’impression est réalisée en pressant la soie contre le cliché.

L’impression en relief et le cliché d’impression sontdes procédés identiques si ce n’est que l’encre et les matériaux d’impression sont différents.

 

 


 

D’abord barbouiller la plaque d’épreuve avec la pâte. Puis, enduire de pâte le papier qui est posé sur la plaque. Quand la pâte a séché, enlever en frottant le surplus de pâte pour faire apparaître clairement les caractères à l’envers sur la plaque.

 

Quand on en est à l’impression, on fixe la plaque sur la table. La brosse est légèrement trempée dans l’encre et avec elle on barbouille la plaque en relief, on étend immédiatement une feuille de papier blanche sur elle. On brosse ensuite le papier avec une brosse longue ou une raclette. Alors on retire la feuille de papier imprimée, qui est laissée à sécher à l'air. Les caractères ou les dessins sont maintenant imprimés sur la feuille de papier à l'endroit.

 

On doit appliquer une forte pression sur la plaque d’impression pour colorier une vaste surface de la plaque. Les anciens Chinois avaient acquis une habileté dans ce domaine en appliquant une pression sur le dos du matériel à imprimer avec la brosse. Dans le but de colorier l’impression, les Chinois inventèrent la chromatographie.

 





Et un peu de l'histoire de ces clichés d'impression nous est racontée sur les panneaux.


D'après Hu Yingling, sous la dynastie des Ming "les clichés d’impression inventés sous les Sui, puis popularisés sous les Tang, étendus pendant les Cinq Dynasties, sont parfaitement développés sous la dynastie des Song". (Hu Yinglin, sous la dynastie des Ming).


Sous la dynastie Ming, les clichés d’impression colorés furent développés et la technique du cliché d’impression en bois fut menée à un point tel que la technologie moderne put l’imiter de très près. Sous la dynastie des Qing, sa demande fut très étendue. Des formes variées de matériaux d’impression furent inventés pour satisfaire à l'ensemble des besoins de la vie sociale. Elles jouèrent un rôle éminent dans la promotion et la normalisation des caractères, dans la solidarité nationale, dans l’unité de la nation et l’expansion de la civilisation.

 

Sous le ministère de Feng Dao, premier ministre de la dernière dynastie Tang, Tian Min fut chargé de publier l’intégralité des Neuf Classiques de Confucius. Première fois dans l’histoire que les Classiques de Confucius furent imprimés. Ceci marque le début des clichés d’impression officiels.

 

Les empereurs de la dynastie Tang, étaient entichés de taoïsme et obsédés par l'éternité procurée par l’élixir de longue vie. Le ministre Ge Ganquan croyait en une pilule dragon/tigre. Pour elle, il imprima des milliers de livres intitules "Biographie de Liu Hong" en vue de fabriquer des pilules d’immortalité, consacrés aux meilleurs alchimiste. Ils sont les premiers spécimens de clichés d’impression privés.

 

Les clichés d’impression des Xi Xia

Les Xi Xia, un état fondé pendant les premières années de la dynastie des Song par les peuples de nationalité Dangdiang, (ces fameux Xi Xia ou Xia de l'Ouest dont j'ai visité le voyage précédent les somptueux tombeaux. Gengis Khan les avaient combattus six fois et avait fini par les vaincre l'année de sa mort en 1227, avec destruction totale de la population et de la ville de Ning Xia, aujourd'hui celle de Yinchuan légèrement à l'Ouest de la boucle du Fleuve Jaune). Vous voyez ci-dessous, d'une part une vue des tombeaux impreeionnants tombeaux des rois Xi Xia et d'autre part l'étendue de cet empire (la boucle du Fleuve Jaune est sur la droite de la carte), Cet état très bouddhiste, augmenta sensiblement la collection de livres dans les temples. Les travaux d’impression et les impressions privées y furent très populaires. Les livres imprimés chez les Xia de l’Ouest couvraient un large éventail de sujets et étaient très utilisés. La technique du cliché d’impression s'éleva à un très haut degré et fut déployée parmi les dynasties des minorités.

Ci-contre des casiers rotatifs dans lesquels étaient placés les divers caractères.


Sous les Qing, quelques marchands de sel offrirent une aide financière pour le travail qui permit l’impression des lettres. Ma Yueguan et Ma Yuelu, des frères bien connus, dépensèrent une fortune pour des enquêtes sur les moyens de parvenir à réaliser cette impression. Ils "sponsorisèrent" l'impression des "Classiques de Confucius", oeuvre monumentale de Zhu Yizun, et la publication de plusieurs autres travaux comme les "Origines des Caractères Chinois", "un Dictionnaire exhaustif des rimes", "l’appréciation des Caractères", "Yu Pian", etc. Leurs livres furent si populaires parmi les lecteurs qu’ils furent honorés du nom de "Collection Ma".

 

Cao Yin imprima des livres sous le nom de La Maison d’Edition de Livres de Yangzhou. Il écrivit, dans la préface de "Zhou Yi Ben Yi , je reçus l’ordre d’établir une maison d’édition à Yangzhou". Ceci indique qu’en plus de la Maison d’Edition des Poètes de Yangzhou, il y eut donc cette Maison d’Edition de Livres à Yangzhou. Cao Yin est le père de Cao Xueqin qui écrivit le célèbre "Rêve dans le Pavillon Rouge", il y relate l'histoire de sa famille.

 

Nous descendons d'un étage et trouvons quelques belles petites satuettes d'époque Tang (618 - 907).












Un tableau représente l'un des empereurs arrivant en bateau à Yangzhou parmi la liesse populaire; il s'agit ici de l'époque beaucoup plus récente des Qing. et enfin, le clou de la visite (pour moi, l'Occidental) est un assemblage évoquant Marco Polo. Il résida en effet dans cette ville en tant qu'administrateur (peut-être de la gabelle ?), trois années de son séjour au pays de Kubilai Khan.

Le musée se donne même la peine de montrer le périple du Vénitien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Et puisque nous sommes dans un ancien port important, une maquette de chantier naval présente la constructiuon de vaisseaux travaux apparemment faits en série , car la demande était immense, pour transférer les denrées abondantes au Sud vers  un Nord nettement moins fertile.

 

Inévitablement, nous devons passer par la boutique avant de retrouver l'extérieur. Je passe quelques minutes très drôles, assis sur le rebord d'une table basse entouré d'une vendeuse et de mon guide avec la photocopie d'un poème écrit sur éventail, un jeu dans la bonne société. A ma demande, ils essayent de traduire ces vers. Quelques visiteurs s'agglutinent à notre petit groupe. Mais le guide, malgré l'aide de la vendeuse, m'avoue qu'il ne connaît pas assez de mots pour me traduire le poème en entier. Un des étudiants chinois de l'université du Havre pourra peut-être le faire avec plus de succès ! Un très bon moment, hors du temps. Mais un essai, sans beaucoup de succès, de pénétrer la culture de l'époque Tang.

 

 

 

 

 

A la sortie de ce grand musée, (et ils le sont tous, dès qu'une ville atteint une certaine importance), nous sommes entourés de magnifiques statues de bronze, figures d'hommes célèbres, mais bien inconnus du béotien que je suis. Pourtant le personnage dont la statue est ci-dessous à droite, représente un certain Shi Kefa qui, à la tête de la population de la ville combattit l'arrivée des émissaires Ming. Il fut vaincu et la population, avec lui, fut passée au fil de l'épée. Beaucoup de prestance, visage énergique.

 

 

 

 

Et en arrivant sur l'esplanade, une surprise de taille : l'ancien et le moderne se côtoient chevaux Tang et gratte ciels.

La journée se termine. Une promenade le long de canaux, sous de vertes frondaisons, nous conduit à un marché. Là sont exposés à la vente, des animaux de compagnie, chiens et oiseaux au milieu de plantes en pots. 












La suite c'est une conversation inattendue, assis sur un banc de pierre proche d'un carrefour. Depuis quemlques minutes, mes questions portaient sur la révolution culturelle. Mon guide ne se dérobe pas et nous passons une bonne demie heure à parler de ce temps où la Chine sous l'impulsion de Mao, perdit dans une famine atroce, plus quelques sévices, trente millions d'âmes.

 

Le soir dîner en ville dans un restaurant du nom de Coffe Rio. La seule langue st le Chinois. Heureusement qu'une passante parlant anglais me voit en difficulté et me détaille le menu, elle me demande d'où je suis, j'essaye de la faire deviner. Elle ne  trouve pas et quand je lui dis que je viens de France "oh France, so romantic". C'est vraiment un truc qui nous colle à la peau. Mais impossible d'avoir une bouteille d'eau minérale. Je me rabats sur un verre de thé vert, lu cha. Il vaut le même prix que le plat que je viens d'absorber !

Et après une petite demie heure au "business center" de l'hôtel pour envoyer mon message journalier à mon épouse et quelque dizaines de minutes à regarder la télévision dans ma chambre après avoir branché tous les chargeurs de batteries..



Par Marc Soviche - Publié dans : Le blog de Marc Soviche
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  • : Voyages en général dans la campagne chinoise. Le dernier en septembre 2009. La ville de Jingdezhen où a commencé la fabrication de la porcelaine, puis la soie à Suzhou, puis la campagne en remontant le long du Grand Canal Impérial jusqu'à Pékin tout en marchant à droite et à gauche.
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