Après le petit déjeuner où le jus d'orange chaud vient avant ou après un oeuf dur
et un oeuf frit, des pommes de terre, du pain et du beurre et même de la confiture, je retrouve Ling et le chauffeur. Ce dernier a craint un incident hier quand je sortais mon bras par la
fenêtre ouverte aussi m'interdit-il calmement mais fermement la place avant ...! Bon, route vers le Nord, très gêné par le manque de vue.La ville porochaine n'est pas loin, nous restons sur l'autoroute.
A dix heures et quart, nous entrons dans Wuxi. (Petit rappel historique : jusqu'en 25 après Jésus Christ, elle était appelé Youxi, car "il y a" ou "il y avait" de l'étain, mais après elle
prit le nom de Wuxi car il n'y eut plus d’étain, ("il n'y a pas") : signification des deux mots chinois You et Wu).Cette ville jouxte à l'Est le grand lac Tai (prononcez Traï). Et nous arrivons rapidement au Jardin de la Prune :
Plutôt une presqu'île qui a été aménagé au début du siècle dernier par deux industriels, Rong Zongjin et Rong Desheng. Ils avaient acheté un petit verger
de pêchers pour le transformer en un jardin fleuri avec l'idée de "contribuer à la suavité du monde".Ce jardin est un joyau enserré dans les collines des alentours, où l'on peut jouir des fleurs toute l'année. Fleurs et
plantes rares, devenu un site historique. Promenade très agréable sous un ciel encore un peu laiteux, parmi des collines
boisées et des rochers clairs. Beaucoup d'arbres fruitiers, des pruniers en particulier, c'est bien le moins, mais qui ne fleurissent que fin janvier ! Evidemment la date de mon voyage est
assez mal choisie, mais je ne suis pas venu ici que pour admirer les fleurs de pruniers.
Nous sommes à la veille du soixantième anniversaire de la prise du pouvoir du parti communiste.
Le Gouvernement veut en faire une manifestation monstre. La télévision ne cesse d'en parler et de montrer des images de la préparation dans tout le pays. Des ouvriers
s'affairent ici, accrochent des lanternes, montent des estrades, gonflent des boudins de dragons, et des arcs couverts de caractères qui magnifient certainement ce parti qui a fait de la Chine
une vraie puissance. D'autres nettoient les parterres. Comme partout le week end, les gens flânent avec leurs enfants. Beaucoup de
mariés viennent se faire photographier. Les sentiers évidemment tous empierrés, le sont d'une manière très artistiques. Ling me dit même que marcher sur ce chemin de galets galets délasse la
plante des pieds ! Ils sont bordés de pierres calcaires dressées et anguleuses de toute taille.
Un gros caillou, comme on dirait à Lyon, est gravé de trois caractères dont le
sens m'est donné par la guide : xiao (petit), luo (direction), fu (flottant) : celui qui a fait graver ces mots, était un être humble qui n'avait jamais bien su dans quelle voie diriger la
vie. Nous arrivons en haut de la colline, et nous trouvons là, la maison qu'a fait
construire l'un des deux industriels, il fut ministre au cours de sa vie. Ling tient à m'immortaliser à côté de son buste !
L'architecture est traditionnelle en ce sens qu’elle fait soutenir le toit de tuiles par des poutres perpendiculaires à la façade.
Mobilier d'époque, moins de cent ans en arrière, fauteuils et tables de sombre
palissandre aux sculptures tarabiscotées,
dossiers ornés de plaques de marbre. La
pièce à l'entrée est aménagée avec les sempiternels fauteuils de chaque côté d'une petite table, mais le bouddha qui trône en général sur l’autel, est remplacé ici par une pierre du lac posée
sur un pied de palissandre. De la terrasse, le spectacle agreste est un mélange d’oeuvres humaines et
naturelles, le toit d'un kiosque perce les frondaisons.
Les cigales les percent aussi,
mais de leur crissement strident. Tout en cheminant, nous passons à côté de nombreux toits ailés soutenus par de frêles colonnes, des familles s'y abritent des
rayons d'un soleil devenu ardent.
La descente continue et nous arrivons à un étang bordé d'un chemin de pierre en zig zag menant à un autre kiosque.
Puis nous arrivons au niveau du lac Tai Hu. C'est dans ce lac que des gens ont placé
les grosses pierres il y a des centaines d'années pour que l'action de l'eau les trouent et en fassent ces oeuvres d'art naturelles qu'apprécient tant les lettrés. Mais je ne suis pas très sûr
de la traduction de Ling : ne s'agirait-il pas, plutôt, de pierres trouvées tout simplement au fond et extraites à cause de leurs formes biscornues, et cela est plus vraisemblable, taillées par
l'action de l'eau au cours des siècles.
Nous changeons de spectacle, mais ce sont toujours des parcs et des jardins.
Cette fois, nous sommes plus près du lac Tai, ou Taï Hu. Dans le temps, la navigation y était intense, et je croyais à la chance de voir des jonques sous voiles. Malheureusement aujourd'hui,
aucune n'est à portée de vue.
Mais nous découvrons l'un de ces bateaux
"remisé" dans une petite anse, barrée par un câble flottant. J'ai bien peur que ce ne soit la dernière offerte aux yeux d'un public épris de vieilles choses ! Ses formes et le nombre de ses
mâts sont intéressants.
On n'hésitait pas à l'époque, d'ailleurs l'état du bois de sa
coque montre à l'évidence qu'elle n'est pas très ancienne, à diviser l'action de la force du vent en ferlant ou en déployant successivement les voiles de faibles surfaces. les mâts sont courts,
et quelque fois sont ils deux plantés à bâbord et à tribord sur la même traverse. pas de haubans.
Quel étonnement pour le marin occidental que je suis.
Puis nous avançons et au détour
du chemin, j'ai la surprise de voir trois jonques beaucoup plus neuves et manifestement construites pour promener le touriste. Elles sont munies de dérives latérales pivotantes comme sur les
bateaux hollandais.
Mais ce sont des caisses : les bordés sont très peu incurvés à
l'avant et à l'arrière, si bien que l'étrave et la poupe sont faites de planches, dont la longueur est à peine inférieure à celle du maître bau, et clouées perpendiculairement à l'axe du
bateau. Quand on pense que l'amiral Heng he, au quinzième siècle, a traversé les océans jusqu'à la Mecque et Mogadiscio avec des bateaux dans ce genre ... seulement plus grands ! Six fois il a
mené ces aventures et pour réparer ses bateaux, il faisait clouer des planches de bois neuf sur l'ancienne coque ! Cela fait rêver, ou cauchemarder, c'est selon.
Quelques bassins et quelques bâtiments voisinent avec ces jonques.
Des lotus, et un pont dans le lointain. Je teste le zoum de mon nouvel appareil en prenant dans
l'alignement de cette arche, un ibis entre le pont et moi.
Sur Internet, j'avais eu vent d'une spécialité de la ville : des statuettes en terre cuite. J'en vois quelques unes dans certaines échoppes. Elles semblent être des poupées conventionnelles
répondant à quelque histoire pour enfants. Des couleurs trop criardes et de la terre trop fragile pour voyager.
Au détour d'un chemin, tout à coup, Ling avec un geste large du bras, voici votre ami. Une très belle statue de Xu Xiake. Wuxi fut sa ville natale. C'est le voyageur qui, au début du dix
septième siècle a gravi une bonne partie des montagnes de Chine et a raconté ses péripéties. Ce fut le guide qui m'a fait connaître le Huang Shan et le Wu tai Shan.
Parmi les bambous et sur une côte escarpée tombant directement dans le lac Tai, nous montons au sommet de l'île de la Tortue. Il paraît qu'elle en a pris le nom d'après sa forme. Ling me
confirme qu'elle n'est nommée ainsi que depuis un siècle ou deux. Il m'étonnait de penser que les Chinois anciens aient pu donner à un lieu le nom de sa forme sans la voir de haut.
De très nombreux touristes locaux déambulent en famille et se font prendre en photos devant la tortue de bronze et devant la stèle qui la décrit.
Il est midi et demi quand nous sortons de ce parc. Je me serai cru sur les bords de la Méditerranée.
Mais Ling a faim et le fait savoir, vite vite elle a faim, il faut s'arrêter au premier super marché. Je ne vais pas, comme elle m'acheter un hamburger au magasin Auchan du
coin. Oui, vous avez bien lu, Auchan. Nous l'attendons un petit quart d'heure dans la voiture climatisée pendant que des gens dehors se dessèchent même à l'ombre d'un haut-vent. Elle est de
retour avec le geste bien connu : la main tient le sandwich et les lèvres avancent pour ne pas laisser le temps à la miette de tomber ! En tout cas elle y mord voracement. Nous sommes
maintenant à la recherche d'un restaurant au milieu d'un quartier d'immeubles en construction ou achevés mais vides.
Impression de ville morte.
Pendant
un temps interminable, un embouteillage incompréhensible. Disons que la raison m'en reste inconnue.
Peu avant trois heures de l'après midi, un estaminet nous ouvre enfin les bras, des gens y sont encore attablés. Je m'installe, l'estomac dans les talons. Bien sûr je reste seul, mais Ling
choisit pour moi : dans u n grand bol, des oeufs en omelettes couvrant des champignons et des pâtes. Les oeufs baignent un peu dans l'huile, mais bon, j'ai faim moi aussi.
Puis nous continuons à monter dans le Nord, mais ce n'est pas si facile car, j'avais négocié avec le chauffeur soixante pour cent d'auto route et le reste en route natiuionale, pour ne pas dire
petites routes. Alors nous en sommes aux petites routes !
Le chauffeur ne cesse de demander si la route (nationale) abouttit à un pont sur le Yang Tse qui s'étire devant nous. Mais les routes sont coupées, ou des murets derrière lesquels nous
apercevons des travaux en interdisent le passage. Si bien qu'après plusieurs tentatives, force est de nous rabattre sur l'auto route.
Mais avant d'y arriver, j'avise à quelques encablures de la route, un village et je décide de m'y arrêter.
Je suis tout de même venu dans ce voyage pour prendre des photos de la campagne
Ling veut bien m'accompagner tant que nous restons entre les maisons, mais dès que je
m'engage dans les champs, elle refuse catégoriquement de me suivre. A elle de m'attendre à l'ombre.
C'est l'occasion de marcher parmi les petites parcelles de maïs ou de riz, les jardinets minuscules, et de longer un étang dans lequel un type, l'air bien désoeuvré, suit attentivement le
mouvement immobile du bouchoun alors qu'il tient à la main une canne à pêche qui n'est qu'une branche tordue.
Quand je reviens, Ling a fait quelques pas à ma rencontre, mais elle m'avoue avoir une peur incontrôlée des chiens dans la campagne. Il parait qu'un de ses collègues a été méchamment mordu, il
y a quelques mois. Disons que j'ai eu de la chance !
Nous traversons le Yang Tse Kiang sur deux immenses ponts
suspendus.
Comme la voiture roule sur l'auporoute, il n'est pas question de l'arrêter
pour prendre quelques photos ! Nous ne sommes pas loin de son embouchure, le fleuve est très large, beaucoup de péniches et de navires de mer, et sur les rives de nombreux chantiers de
construction ou de réparation. Grosse activité industrielle.
A dix huit heures, nous arrivons à l'hôtel Motel à Yangzhou. Je donne leurs gratifications au chauffeur et à la
guide qui me remercient grandement disant qu'ils n'ont fait que leur travail. Pourtant, ils ont été très coopératif et charmants. Elle me quitte rapidement pour retourner à Suzhou d'où elle
partira demain pour Pékin, je suis peut-être son dernier client. Car elle va plaider sa cause pour obtenir son visa et s'envoler vers le Québec où elle espère rejoindre son mari.
Rapidement le nouveau guide se présente, encore un francophone. Avant le dîner, nous programmons, carte en mains, ce que nous allons faire et visiter au cours des trois jours prochains. Je suis
heureux d'apprendre que la route qui longe le grand canal existe bien alors que les correspondants pékinois de la Maioson de la Chine m'avaient fait savoir que l'on ne pouvait approcher cette
grande voie d'eau. Je vais donc pratiquer l'itinéraire tel que je l'avais prévu dès le départ. La carte IGN de Chine m'est donc d'une sérieuse utilité.
Et le soir, activité plus terre à terre, je donne mon linge à laver puisque je reste ici deux nuits.
:
Voyages en général dans la campagne chinoise. Le dernier en septembre 2009. La ville de Jingdezhen où a commencé la fabrication de la porcelaine, puis la soie à Suzhou, puis la campagne en remontant le long du Grand Canal Impérial jusqu'à Pékin tout en marchant à droite et à gauche.