Partager l'article ! - 9 - Yangzhou - le jardin "Ge": Dimanche 20 septembre 2009 Le jardin "Ge" ...
Après une excellente nuit, la première depuis que je suis en Chine, j’ai donc enfin avalé le décalage horaire. Et pourtant il y a beaucoup de bruit dans les rues, notamment des pétards très tôt le matin ! et des klaxons. Heureusement, la chambre est au huitième étage.
Un million et cent mille personnes habitent cette ville.
Elle date de trois mille ans. Sous les Han, elle était le fief des princes de la famille impériale. Sous les Sui, au septième siècle, la ville est très prospère. L’empereur Sui, Yang Ti a donné l’ordre de creuser le canal entre Yangzhou et Loyang. Il venait pour admirer les îles, mais il a été assassiné car il était trop cruel.
Sous les Tang, la ville a continué à prospérer grâce au sel marin qui était récolté en grande quantité. Son transport était facile et la ville bénéficia aussi du stockage de cette denrée importante non seulement pour l’économie de la région, mais aussi (et surtout !) pour les finances de l’Empereur.
La population atteignait à cette époque le chiffre considérable de 300 000 âmes, la troisième ville après la capitale Chang’an.
Marco Polo a administré cette ville pendant vingt ans sous le grand Khan Kubilaï.
La nouvelle équipe m’emmène au Jardin Ge.
Voilà encore un jardin extraordinaire et je comprends mieux le terme de "chinoiserie" qui fut donné à tous les objets et souvenirs venant de Chine. Rien d’humiliant pour les Chinois, au
contraire, traduisons-le comme un sentiment d’émerveillement devant des réalisations que nous n’avons jamais été capables de concevoir.
Ce jardin encore en est un excellent exemple. Il résume l’ouvrage de deux millénaires. Sous les Han, c’est vieux, certains ont commencé à ordonner, à domestiquer la nature pour leur propre plaisir.
Il se trouve que c’est à Yangzhou que commença cette frénésie. L’eau est partout, les lacs parsèment le pays,
le lac Taï, généreux donateur de rochers percés, n’est pas loin et que le bambou se plait dans ce climat subtropical.
Marco Polo est passé par là. Il n’en dit pas grand-chose mais au chapitre 145 du "Devisement du Monde", on apprend ceci :
… Alors on trouve une noble et grande cité qui est appelée Yangiu. Et sachez qu’elle est si grande et si puissante qu’elle a bien sous sa seigneurie vingt sept cités grandes et bonnes, et de grand commerce. En cette cité siège l’un des douze barons du Grand Can, l’un des gouverneurs de provinces mentionné plus haut, et qui sont dignitaires de tout premier rang. Ils sont idolâtres. Leur monnaie est de papier et ils sont au Grand Can. Et Messire Marco Polo lui-même, celui de qui traite ce livre, eut seigneurie de cette cité pendant trois ans, en lieu et place d’un desdits barons, par ordre du Grand Can ; Ils vivent de commerce et de métiers, car il s’y fait en quantité énormes harnois de chevaliers et d’hommes d’armes. Car je vous dis très véritablement, qu’en cette cité et aux alentours demeurent maints hommes d’armes que le Sire fait habiter là".
Marco Polo parle souvent du sel de cette région maritime dont le Grand Khan recevait une part importante de taxes.
Mon guide me rappelle l’influence sur les jardins du peintre Shi Yao l’un des "Huit Excentriques". Comme l’écrit François Sheng à propos de ce très grand peintre chinois : "Shi Tao n'a cessé de se portraiturer sous l'apparence de ces hautes tiges de bambou qu'il ne se lassait pas de contempler; il s'est appliqué en quelque sorte à devenir bambou lui-même pour tenter de rejoindre l'Unité enfuie qui si souvent manquait à son âme".
En quelques lignes, voici l’histoire de ce peintre qui eut une telle influence sur la conception des jardins : confié à l’âge de trois ans à un monastère bouddhiste, alors que toute sa famille est assassinée au changement de dynastie Ming / Qing en 1644, Shi Tao s'y initie à la pensée bouddhiste, ainsi qu'à la calligraphie. En 1651, il entame une vie de voyage, accompagné d'un serviteur du nom de Hetao, qui pourrait être celui qui l'a sauvé lors de la mort de ses parents. Plus tard, de 1662 à 1664, il est l'élève de Lü'an Benyue à Songjiang une localité située à quelques dizaine de kilomètres au Sud Ouest du Shanghai d’aujourd’hui. Celui-ci l'envoie ensuite à Xuancheng, au sud ouest du lac Nanyi où Shi Tao reste 14 ans, de 1666 à 1679. Au milieu de ces paysages montagneux, il a peint quelques unes de ses œuvres majeures. Il fait de fréquents voyages à Yang-chou durant cette période.
De 1689 à 1691 ou 1692, il vit à Pékin où il apprend à connaître les classiques chinois. Il exerce à ce moment-là également une influence décisive sur les huit excentriques de Yang-chou. Devenu un maître, reconnu par ses pairs, il se retire pourtant dans une simple chaumière près de Yangzhou, où il restera jusqu'à sa mort en 1707. Une lettre adressée à son parent Zhu Da, peintre également, donne à penser qu'il pourrait avoir renoncé à sa vocation de moine et avoir fondé une famille. Il vit de ses peintures, de calligraphie et de la conception de jardins. Notre Cézanne s’est inspiré de ses peintures.
Les jardins furent prospères sous les Qing et cette fois c’est moins ancien. Sous l’empereur Qianlong, ils devinrent un lieu de rencontre entre la population et le pouvoir car c’est là que l’empereur faisait un séjour au cours de ses pérégrinations dans ses états.
Malgré les guerres, et alors que certains jardins en furent détruits, le jardin Ge et quelques autres subsistèrent.
Il est intéressant de remarquer que c’est un riche marchand de sel qui, en 1818, le reprit à son compte. Il privilégia le bambou. Et comme les feuilles de bambou ressemblent au caractère chinois Ge, le jardin prit le nom de ce caractère à partir de ce moment. A l’origine, plus de cent types de bambous y figuraient, mais aujourd’hui il ne reste que quelques espèces.
Le bambou mêlé à des rochers de différentes couleurs sont des fantaisies qui suggèrent chacune des saisons de
l’année. On parle de « roches des quatre saisons ». Ce jardin est unique en Chine. Si le jardin regorge de pierres, celui-ci donne vraiment la prééminence au bambou. Roches
tarabiscotées et linéarité du bambou. Grandeur du Nord et délicatesse du Sud.
Mais revenons au jardin. Du centre émerge Yiyu Xuan d’où on peut contempler les roches du
printemps,
celles de l’été ,
de l’automne
et de l’hiver.
Douze blocs de roches, plus ou moins associées à la forme d’animaux et surmontées de bambous, symbolisent la
renaissance au printemps.
Des roches à la sculpture exquise du lac Tai
érigées près d’un bassin planté de lotus représentent la beauté du Sud en été.
Puis des pierres jaunes (trouvées près du Huang Shan, le mont jaune), aux formes pleines de hardiesse, sont utilisées dans le plus grand empilement pour représenter la douceur de
l’automne. Enfin, voici l’hiver : des roches piquetées de quartz et scintillant dans la clarté du soleil font penser que la neige n’a pas encore fondu. Heureusement à travers une porte
ronde, la porte de la lune, on aperçoit les bambous du printemps et le cycle se poursuit.
Les sentiers qui sortent de cette maison au centre du jardin, sont empierrés, et de nombreuses figures y sont
dessinées, le double sapeck, symbole de la richesse à venir, les chauve-souris, symboles du bonheur.
Puis l’on entre dans l’intimité de la vie familiale.
On y voit la cuisine avec ses réserves d’alcool,
son fourneau typique que je reverrai dans la campagne, quelques jours plus
tard, ses bouches à feu et ses woks
En cheminant nous passons par de magnifiques salles toutes de bois vêtues, des claustras, des panneaux
pivotants, des sentences pendues le long des huisseries, les colonnades élancées et les lumignons de papier.
Shou Xi, ou le lac maigre de l'Ouest.
En marchant vers le Shou Xi, "maigre" en comparaison du lac immense qui baigne Hangzhou,
devenu parc d’attraction, nous sommes devant l’ancien embarcadère impérial.
Mon guide, Ma, me dit que sous les Tang, la ville comptait 300 000 personnes,
elle a continué à prospérer grâce au sel marin récolté dans la région en grande quantité. Le transport était facilité par le Grand Canal et la ville bénéficiait aussi du stockage de cette
denrée importante non seulement pour l’économie de la région, mais aussi (et surtout !) pour les finances de l’Empereur. Elle était aussi le grand marché à blé de la Chine. Elle était la
troisième ville de l’empire après Chang’an et Chendu.
Il me parle aussi du temps présent : au centre de Nankin le mètre carré pour un appartement de 100 m² est de 2 000 euros, dans la banlieue il n’est que de 800. Mais un paysan gagne quelques 10 000 yuan par an, 1 000 euros ! Comment peut-il quitter sa campagne pour des prix pareils. Il semble que le Gouvernement les aide en leur offrant la moitié du prix, mais c’est encore beaucoup. Et pourtant, les immeubles ne cessent de pousser, les huisseries manquent encore, mais la vente ne va pas tarder.
Revenons à Shou Xi. L’empereur Kang Xi aimait à s’y rafraîchir, il est passé là cinq fois, et son successeur
Qianlong de même. Mais ces deux empereurs sont de la dynastie des Qing, la dernière avant la République proclamée en 1911.
C'est d'ailleurs Qianlong qui a baptisé ce lieu, Shou Xi et les marchands de la cité lui ont construit ce pont couvert de cinq pavillon pour le refrichir dans la brise.
Des fleurs en pots, des parterres de fleurs rouges, des touffes d’herbes très vertes, des magnolias et des saules, et une grande allée empierrée. Une grand-mère promenant deux petits
enfants a revêtu son habit du dimanche : elle ressemblerait plutôt à un Pierrot.
Et nous arrivons à l’eau. Comme dans le parc Bei Hai à Pékin, les embarcations de tout genre sont innombrables.
Des jeunes femmes attendent les clients pour remplir leurs sampans qu’elles manœuvre à la godille. En voici le détail.
Des bateaux dragons poussés par un moteur sillonnent la longue rivière et passent sous des ponts dont la voûte s’élève haut à tel
point qu’il faut au piéton monter de nombreuses marches pour en atteindre le sommet.
Mais quelle récompense quand il contemple la vaste vue qui s’offre à lui. Au loin un pont recouvert de cinq pavillons commandé par l’empereur qui aimait regarder le calme de
l’endroit tout en ressentant la brise rafraîchissante sur son visage.
Ce pont est le point
extrême de notre promenade, qui, tout du long, nous a procuré l’ombre des nombreux arbres. Le jardin qui était impérial puis propriété de la ville a été, dans les dernières décennies, donné
au peuple pour son divertissement. Et les gens sont nombreux à en profiter
.
Mais une fois de plus nous nous promenons dans le calme ; la foule est peut-être nombreuse, mais il n’y a pas de cris, les mères ne crient pour arrêter la course de leurs enfants, il n’y
a d’ailleurs pas de courses et peu de mères d’ailleurs. Les grands-parents sont là.
Et comme la mi-journée est passée, il faut aller se restaurer :
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