Mardi 20 octobre 2009
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La ville de Jingdezhen,
ou la bourgade de l’Empereur Jingde, s’est construite autour de la découverte d’une argile dont le nom chinois a donné en Français, le mot Kaolin. Tout d'abord,
je suis surpris de voir que dans le centre de la ville, une grande partie du mobilier urbain est recouvert de plaques de porcelaine, quel luxe !
L’activité, à l’heure actuelle, a nettement diminué mais on y trouve
encore des vestiges aussi bien archéologiques qu’un musée vivant. La poterie a commencé sous les Song, puis Yuan, c'est-à-dire la dynastie Mongole qui a pris la direction de la Chine au XIIIe et
XIVe siècle. Pourtant la véritable porcelaine a vu le jour sous la dynastie Ming, puis sous les Qing plus proches de nous. On visite d’abord les vieilles fondations d’un four de brique dont les
murs sont en partie détruits. Mais une reconstitution murale présente la disposition de cette construction de grandes dimensions telle qu’elle devait exister en état de marche. Autour de ces
fondations antiques quelques pièces retrouvées dans les fouilles sont exposées dans des vitrines. On y voit des poteries du temps de la dynastie des Song, des Yuan,
c'est-à-dire des Mongols à partir de la fin du XIIIe siècle, puis quelques tessons du temps des Ming et même de la dernière dynastie, celle des Qing, qui ont terminé
leur carrière en 1911 avec l’avènement de la République.
Nous étions un peu en dehors de la ville, aussi reprenons-nous la voiture pour poursuivre la visite dans le musée vivant. Malaxage et mélange de l’argile, puis la poterie proprement dite. Tournage
de bols ou d’autres objets. Les bols en particulier ont une finesse remarquable. Mis à sécher en ligne de file sur d'étroites planches à l’air libre pour les durcir en ligne de file, ils
s’entassent sous des claies où l’aération est abondante

. L’objet est
ensuite placé sur un tour actionné à la main par un ouvrier. Contrairement à ce que l'on voit en général, le tour actionné par le pied du potier, la vive rotation est donné au
lourd plateau par un bâton que l'ouvrier insert dans une encoche. Posant sur le pivot central un "couvercle" de terre durcie, il pose dessus le bol et l'appuyant d'une main, et de l'autre, ôte les
aspérités des surfaces avec une sorte de lame métallique bien aiguisée. La séquence suivante est la glaçure (enduit qui donne à certaines matières apès cuisson, un aspect vitrifié ou glacé) sur la
quelle des peintres vont se livrer aux dessins des premières images. Il est ensuite posé avec d’autres qui ont subi la même préparation, pour être enfourné plus tard dans le four. Chaque pièce est
posée sur nun mlit de sable noir (pour éviter le collage), dans un cylindre de poterie qui comporte un fond.
Les cylindres sont ensuite empilés dans le four. Cette opération primordiale exige la fabrication d’un nombre important de pièces et il faut vingt quatre heures pour
remplir le four où a position de chaque pile est fonction de la température nécessaire et du temps de cuisson que l’artisan désire. Pour obtenir une bonne cuisson il faut atteindre 1450° Celcius.
La cuisson dure environ vingt heures. Le four étant refroidi, on en retire les cylindres, puis les pièces qui présentent maintenant l’aspect lisse demandé et un blanc éclatant. Les premières
figures dessinées auparavant apparaissent "en filigrane".
Alors un autre artiste armé de sa collection de pinceaux,
t
ermine le dessin avec des couleurs dont lui seul connaît la touche finale une fois que la pièce sera de nouveau soumise à la chaleur du
four. J’ai compris que cette nouvelle opération devait atteindre la température de 700°. Des tas de bûches attendent à l’extérieur. Elles proviennent de ce pin à chair rouge que chez nous on
appelle le Wellingtonia ou le pin Douglas. C’est paraît-il le meilleur bois pour mener le four à ces températures élevées.
ci-dessous le croquis d'un de ces anciens fours.
Mais ils n'ont pas changé beaucoup depuis les siècles.
Des ouvriers reconstruisaient la cheminée.
Les resserres d’époque, "bien sûr", dans lesquels sont entreposés les cylindres de fabrication, sont merveilleusement de guingois. Les poteaux et les poutres
ressemblent à ceux d’une galerie de mine,
et il est remarquable de constater une fois de plus que le Chinois ne connaît pas la voûte. Il remplace ce dispositif par un assemblage vertical de branches de plus
en plus longues posées les unes sur les autres. Mais ces Chinois sont aussi efficaces pour montrer en réel, leurs vieilles maisons traditionnelles, murs blancs, tuiles grises dont les embouts sont
moulés avec des dessins géométriques. Les murs perpendiculaires aux façades montent au dessus de toits pour empêcher la propagation d’incendies éventuels.
Ces maisons sont enserrées dans de merveilleux jardins comme ces gens inventifs savent toujours et partout les dessiner. Enfin la visite s’achève par un puits,
symbole de l’eau dont la qualité est primordiale pour celle de la porcelaine. Mais nous sommes en Chine et rien ne s’achève vraiment sans passer par la porte étroite qui conduit aux boutiques de
vente. J’y ai vu de très belles choses, des services de tables impossibles à utiliser dans nos pays. Ici il y a des bols de diverses grandeurs, des assiettes multiples, des cuillers. De grosses
pièces comme des vasques ou ces espèces d’amphores qui décorent un grand nombre de demeures ici. De grands plats ronds, des jattes profondes. Enfin une multitude d’objets dont je me serais bien
doté si je ne m’étais pas dit : "mais comment vais-je transporter tout cela". J’y ai admiré aussi des paravents de soie décorés de très fines broderies : oiseaux aux couleurs chatoyantes et autres
animaux. Quelle chance, il n’y a pratiquement pas de représentations bouddhiques. Je me suis fait expliquer aussi la fabrication de ce que l’on nomme chez nous la porcelaine à grains de riz. Pas de
grains de riz, mais des trous percés avec soin dans l’objet sorti des mains du potier. Ces orifices emplis de la glaçure dont le potier enduit la pièce toute entière, donneront l’illusion de grains
de riz. Ce fut une excellente promenade qui dura toute la journée, enfin presque car l’ avion n’avait décollé qu’avec une heure et demie de retard de Shanghai, si bien que j’ai atterri vers onze
heures et demie ! Mais cet excellent moment passé dans les entrailles de la tradition augurait bien du voyage.